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La
poésie et l'été... |
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O le
calme jardin d'été où rien ne bouge |
O le calme jardin d'été
où rien ne bouge !
Sinon là-bas, vers le milieu
De l'étang clair et radieux,
Pareils à des langues de feu,
Des poissons rouges.
Ce sont nos souvenirs jouant en nos pensées
Calmes et apaisées
Et lucides - comme cette eau
De confiance et de repos.
Et l'eau s'éclaire et les poissons
sautillent
Au brusque et merveilleux soleil,
Non loin des iris verts et des blanches
coquilles
Et des pierres, immobiles
Autour des bords vermeils.
Et c'est doux de les voir aller, venir
ainsi,
Dans la fraîcheur et la splendeur
Qui les effleure,
Sans crainte aucune et sans souci,
Qu'ils ramènent, du fond à la surface,
D'autres regrets que des regrets fugaces.
Emile
VERHAEREN |
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Soleil
couchant
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Les ajoncs éclatants,
parure du granit,
Dorent l'âpre sommet que le couchant allume
;
Au loin, brillante encor par sa barre d'écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.
A mes pieds c'est la nuit, le silence. Le
nid
Se tait, l'homme est rentré sous le chaume
qui fume.
Seul, l'Angélus du soir, ébranlé dans la
brume,
A la vaste rumeur de l'Océan s'unit.
Alors, comme du fond d'un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix
lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.
L'horizon tout entier s'enveloppe dans
l'ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et
sombre,
Ferme les branches d'or de son rouge éventail.
José-Maria
de HEREDIA
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Paysage
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A travers les massifs
des pâles oliviers
L'Archer resplendissant darde ses belles
flèches
Qui, par endroits, plongeant au fond des
sources fraîches,
Brisent leurs pointes d'or contre les durs
graviers.
Dans l'air silencieux ni souffles ni
bruits d'ailes,
Si ce n'est, enivré d'arôme et de
chaleur,
Autour de l'églantier et du cytise en
fleur,
Le murmure léger des abeilles fidèles.
Laissant pendre sa flûte au bout de son
bras nu,
L'Aigipan, renversé sur le rameau qui
ploie,
Rêve, les yeux mi-clos, avec un air de
joie,
Qu'il surprend l'Oréade en son antre
inconnu.
Sous le feuillage lourd dont l'ombre le
protège,
Tandis qu'il sourit d'aise et qu'il se
croit heureux,
Un large papillon sur ses rudes cheveux
Se pose en palpitant comme un flocon de
neige.
Quelques nobles béliers aux luisantes
toisons,
Grandis sur les coteaux fertiles
d'Agrigente,
Auprès du roc moussu que l'onde vive
argente,
Dorment dans la moiteur tiède des noirs
gazons.
Des chèvres, çà et là, le long des
verts arbustes,
Se dressent pour atteindre au bourgeon
nourricier,
Et deux boucs, au poil ras, dans un élan
guerrier,
En se heurtant du front courbent leurs
cols robustes.
Par delà les blés mûrs alourdis de
sommeil
Et les sentiers poudreux où croît le térébinthe,
Semblable au clair métal de la riche
Korinthe,
Au loin, la mer tranquille étincelle au
soleil.
Mais sur le thym sauvage et l'épaisse mélisse
Le pasteur accoudé repose, jeune et beau
;
Le reflet lumineux qui rejaillit de l'eau
Jette un fauve rayon sur son épaule lisse
;
De la rumeur humaine et du monde oublieux,
Il regarde la mer, les bois et les
collines,
Laissant couler sa vie et les heures
divines
Et savourant en paix la lumière des
cieux.
Charles-Marie
LECONTE DE LISLE |
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Le
mois d'août
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Ô mes frères, voici
le beau temps des vacances !
Le mois d'août, appelé par dix mois d'espérances
!
De bien loin votre aîné ; je ne puis
oublier
Août et ses jeux riants ; alors, pauvre écolier,
Je veux voir mon pays, notre petit domaine ;
Et toujours le mois d'août au logis nous
ramène,
Tant un cœur qui nourrit un regret insensé,
Un cœur tendre s'abuse et vit dans le passé
!
Voici le beau mois d'août : en courses,
camarades !
La chasse le matin, et le soir les baignades
!
Vraiment, pour une année, à peine nos
parents
Nous ont-ils reconnus : vous si forts et si
grands,
Moi courbé, moi pensif - Ô changements
contraires !
La jeunesse vous cherche, elle me fuit, mes
frères ;
Gaîment vous dépensez vos jours sans les
compter,
Économe du temps je voudrais l'arrêter. -
Mais aux pierres du quai déjà la mer est
haute :
Toi, mon plus jeune frère, allons ! gagnons
la côte ;
En chemin par les blés tu liras tes leçons,
Ou bien tu cueilleras des mûres aux
buissons.
Hâtons-nous ! le soleil nous brûle sur ces
roches ! -
Ne sens-tu pas d'ici les vagues toutes
proches ?
Et la mer ! l'entends-tu ? Vois-tu tous ces
pêcheurs ?
N'entends-tu pas les cris et les bras des
nageurs ?
Ah ! rendez-moi la mer et les bruits du
rivage :
C'est là que s'éveilla mon enfance sauvage
;
Dans ces flots, orageux comme mon avenir,
Se reflètent ma vie et tout mon souvenir !
La mer ! J'aime la mer mugissante et
houleuse,
Ou, comme en un bassin une liqueur huileuse,
La mer calme et d'argent ! Sur ses flancs écumeux
Quel plaisir de descendre et de bondir comme
eux,
Ou, mollement bercé, retenant son haleine,
De céder comme une algue au flux qui vous
entraîne !
Alors on ne voit plus que l'onde et que les
cieux,
Les nuages dorés passant silencieux,
Et les oiseaux de mer, tous allongeant la tête
Et jetant un cri sourd en signe de tempête...
0 mer, dans ton repos, dans tes bruits, dans
ton air,
Comme un amant, je t'aime ! et te salue, ô
mer !
Assez, assez nager ! L'ombre vient, la mer
tremble ;
Contre les flots, mon frère, assez lutter
ensemble !
Retrempés dans leur sel, assouplis et
nerveux,
Partons ! Le vent du soir séchera nos
cheveux.
Quelle joie en rentrant, mais calme et sans
délire,
Quand, debout sur la porte et tâchant de
sourire,
Une mère inquiète est là qui vous attend,
Vous baise sur le front, et pour vous à
l'instant
Presse les serviteurs, quand le foyer pétille,
Et que nul n'est absent du repas de famille
!
Monotone la veille, et vide, la maison
S'anime : un rayon d'or luit sur chaque
cloison ;
Le couvert s'élargit ; comme des fruits
d'automne,
D'enfants beaux et vermeils la table se
couronne ;
Et puis mille babils, mille gais entretiens,
Un fou rire, et souvent de longs pleurs pour
des riens.
Mais plus tard, lorsqu'on touche aux soirs
gris de septembre,
En cercle réunis dans la plus grande
chambre,
C'est alors qu'il est doux de veiller au
foyer !
On roule près du feu la table de noyer,
On s'assied ; chacun prend son cahier, son
volume ;
Grand silence ! on n'entend que le bruit de
la plume,
Le feuillet qui se tourne, ou le châtaignier
vert
Qui craque, et l'on se croit au milieu de
l'hiver.
Les yeux sur ses enfants, et rêveuse, la mère
Sur leur sort à venir invente, une chimère,
Songe à l'époux absent depuis la fin du
jour,
Et prend garde que rien ne manque à son
retour.
L'aïeule cependant sur sa chaise se penche,
Et devant le Seigneur courbe sa tête
blanche.
Écoutez-la, Seigneur, et pour elle, et pour
nous !
Cette femme, ô mon Dieu, qui vous prie à
genoux,
Ne la repoussez pas ! Soixante ans à la gêne,
Et toujours courageuse, elle a porté sa chaîne
:
Une heure de repos avant le grand sommeil !
Avant le jour sans fin, quelques jours au
soleil !
Auguste
BRIZEUX
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Hymne
au soleil
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Je t'adore, Soleil ! ô
toi dont la lumière,
Pour bénir chaque front et mûrir chaque
miel,
Entrant dans chaque fleur et dans chaque
chaumière,
Se divise et demeure entière
Ainsi que l'amour maternel !
Je te chante, et tu peux m'accepter pour ton
prêtre,
Toi qui viens dans la cuve où trempe un
savon bleu
Et qui choisis, souvent, quand tu veux
disparaître,
L'humble vitre d'une fenêtre
Pour lancer ton dernier adieu !
Tu fais tourner les tournesols du presbytère,
Luire le frère d'or que j'ai sur le
clocher,
Et quand, par les tilleuls, tu viens avec
mystère,
Tu fais bouger des ronds par terre
Si beaux qu'on n'ose plus marcher !
Gloire à toi sur les prés! Gloire à toi
dans les vignes !
Sois béni parmi l'herbe et contre les
portails !
Dans les yeux des lézards et sur l'aile des
cygnes !
0 toi qui fais les grandes lignes
Et qui fais les petits détails!
C'est toi qui, découpant la soeur jumelle
et sombre
Qui se couche et s'allonge au pied de ce qui
luit,
De tout ce qui nous charme as su doubler le
nombre,
A chaque objet donnant une ombre
Souvent plus charmante que lui !
Je t'adore, Soleil ! Tu mets dans l'air des
roses,
Des flammes dans la source, un dieu dans le
buisson !
Tu prends un arbre obscur et tu l'apothéoses
!
0 Soleil! toi sans qui les choses
Ne seraient que ce qu'elles sont !
Edmond
ROSTAND |
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Été
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Le clair soleil d'avril
ruisselle au long des bois.
Sous les blancs cerisiers et sous les lilas
roses
C'est l'heure de courir au rire des
hautbois.
Vos lèvres et vos seins, ô les vierges
moroses,
Vont éclore aux baisers zézayant du zéphyr
Comme aux rosiers en fleur les corolles des
roses.
Déjà par les sentiers où s'étouffe un
soupir,
Au profond des taillis où l'eau pure
murmure,
Dans le soir où l'on sent le sommeil
s'assoupir,
Les couples d'amoureux dont la jeunesse mûre
Tressaille de désir sous la sève d'été
S'arrêtent en oyant remuer la ramure
Et hument dans l'air lourd la langueur du Léthé.
Stuart
MERRILL |
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Le
coucher du soleil romantique |
Que le soleil est beau
quand tout frais il se lève,
Comme une explosion nous lançant son
bonjour !
Bienheureux celui-là qui peut avec amour
Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve
!
Je me souviens ! J'ai vu tout, fleur,
source, sillon,
Se pâmer sous son oeil comme un coeur qui
palpite...
Courons vers l'horizon, il est tard, courons
vite,
Pour attraper au moins un oblique rayon !
ais je poursuis en vain le Dieu qui se
retire ;
L'irrésistible Nuit établit son empire,
Noire, humide, funeste et pleine de frissons
;
Une odeur de tombeau dans les ténèbres
nage,
Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,
Des crapauds imprévus et de froids limaçons.
Charles
BAUDELAIRE |
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Chez
Manon © 2004 |
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