DES TEXTES QUI NOUS FONT RÊVER |
Printemps |
Ô mélodie de la sève Rainer Maria RILKE |
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Premier sourire du printemps |
Tandis qu'à leurs
oeuvres perverses Les hommes courent haletants, Mars qui rit, malgré les averses, Prépare en secret le printemps. Pour les petites pâquerettes, Sournoisement lorsque tout dort, Il repasse des collerettes Et cisèle des boutons d'or. Dans le verger et dans la vigne, Il s'en va, furtif perruquier, Avec une houppe de cygne, Poudrer à frimas l'amandier. La nature au lit se repose ; Lui descend au jardin désert, Et lace les boutons de rose Dans leur corset de velours vert. Tout en composant des solfèges, Qu'aux merles il siffle à mi-voix, Il sème aux prés les perce-neiges Et les violettes aux bois. Sur le cresson de la fontaine Où le cerf boit, l'oreille au guet, De sa main cachée il égrène Les grelots d'argent du muguet. Sous l'herbe, pour que tu la cueilles, Il met la fraise au teint vermeil, Et te tresse un chapeau de feuilles Pour te garantir du soleil. Puis, lorsque sa besogne est faite, Et que son règne va finir, Au seuil d'avril tournant la tête, Il dit : " Printemps, tu peux venir ! " Théophile GAUTIER |
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Le Réveil |
Laissons l'âtre mourir
; courons à l'aventure. Léon-Pamphile LE MAY |
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Prière au printemps |
Toi qui fleuris ce que
tu touches, René-François SULLY PRUDHOMME |
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Printemps |
C'est la jeunesse et le
matin. Victor HUGO |
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Dans l'air frais du matin ... |
Dans l'air frais du
matin où s'effare la feuille, Dans la jeune clarté des jours roses et bleus, Dans la nuit solennelle et pure où se recueille L'âme présente encor des bergers fabuleux, Dans le cristal des eaux, dans le velours des mousses Dans l'innocence en fleur des jardins radieux, Dans le concert que font toutes les choses douces, Je retrouve, ô ma sœur, la douceur de tes Yeux. Le printemps odorant la divine féerie, Le renouveau fêtant sa jeune volupté S'incarne pour mon cœur dans ta robe fleurie Et dans ton corps exquis comme un rêve sculpté. Les Parfums, les Couleurs, la tendresse de vivre, Le mois vierge baigné de souffles et d'encens, L'enluminure d'or aux marges du Vieux Livre, O mon âme, c'est dans ton cœur que je les sens. Le désir qui palpite à travers la nature Et s'élance en festons étoilés dans les bois, Je le sens frissonner parmi ta chevelure Et je le vibre entier, rien qu'à serrer tes doigts. Ce qui couve d'ardeurs suaves et de fièvres Au sein mystérieux de la création Se ramasse en mon cœur pour jaillir vers tes lèvres Et ruisseler dans l'ombre en adoration. Voici venir les temps où tu marches déesse, Où la rose d'amour fleurit à tes seins blancs, Où ton nom murmuré fiance une caresse A la suavité des narcisses tremblants. Voici venir les temps où tes beaux yeux limpides Semblent plus clairs encore et plus profonds qu'hier, Et versent à mon cœur plein de songes viriles L'ivresse d'un lever de lune sur la mer. Et les fleurs sont tes yeux, et la lumière blonde Ton sourire, et le ciel bleu-frêle ta douceur, Et tout l'amour fumant de l'encensoir du monde Ta lèvre sur mon âme appuyée, ô ma sœur. Albert SAMAIN |
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Quoique nous le voyions fleurir |
Quoique nous le voyions fleurir devant
nos yeux Emile VERHAEREN |
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Laetitia rerum |
Tout est pris d'un
frisson subit. L'hiver s'enfuit et se dérobe. L'année ôte son vieil habit ; La terre met sa belle robe. Tout est nouveau, tout est debout ; L'adolescence est dans les plaines ; La beauté du diable, partout, Rayonne et se mire aux fontaines. L'arbre est coquet ; parmi les fleurs C'est à qui sera la plus belle ; Toutes étalent leurs couleurs, Et les plus laides ont du zèle. Le bouquet jaillit du rocher ; L'air baise les feuilles légères ; Juin rit de voir s'endimancher Le petit peuple des fougères. C'est une fête en vérité, Fête où vient le chardon, ce rustre ; Dans le grand palais de l'été Les astres allument le lustre. On fait les foins. Bientôt les blés. Le faucheur dort sous la cépée ; Et tous les souffles sont mêlés D'une senteur d'herbe coupée. Oui chante là ? Le rossignol. Les chrysalides sont parties. Le ver de terre a pris son vol Et jeté le froc aux orties ; L'aragne sur l'eau fait des ronds ; O ciel bleu ! l'ombre est sous la treille ; Le jonc tremble, et les moucherons Viennent vous parler à l'oreille ; On voit rôder l'abeille à jeun, La guêpe court, le frelon guette ; A tous ces buveurs de parfum Le printemps ouvre sa guinguette. Le bourdon, aux excès enclin, Entre en chiffonnant sa chemise ; Un oeillet est un verre plein, Un lys est une nappe mise. La mouche boit le vermillon Et l'or dans les fleurs demi-closes, Et l'ivrogne est le papillon, Et les cabarets sont les roses. De joie et d'extase on s'emplit, L'ivresse, c'est la délivrance ; Sur aucune fleur on ne lit : Société de tempérance. Le faste providentiel Partout brille, éclate et s'épanche, Et l'unique livre, le ciel, Est par l'aube doré sur tranche. Enfants, dans vos yeux éclatants Je crois voir l'empyrée éclore ; Vous riez comme le printemps Et vous pleurez comme l'aurore. Victor HUGO |
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